Église Saints-Martin-et-Adèle - Orp-le-Grand

Place du XIIe Dragon français
1350 Orp-le-Grand

Église Saints-Martin-et-Adèle - Orp-le-Grand

Place du XIIe Dragon français 1350 Orp-le-Grand

L’église paroissiale du village de Orp-le-Grand, sur la commune d’Orp-Jauche, dans la Province du Brabant wallon, est classée comme Monument par un Arrêté royal en 1937. C’est un volume en calcaire gréseux, silex, grès-quartzite, brique et tuffeau sous des bâtières d'ardoise. L’édifice se distingue à plus d’un titre : en l’observant et en le comparant à ses contemporains régionaux, il y a une incohérence entre son rang et sa typologie architecturale. Sa conception spatiale est particulière et son décor ornemental est exceptionnel. Cette construction est donc un témoin privilégié et singulier de l’architecture romane en pays mosan.

Selon la fiche synthétique de l’AWaP et malgré le manque de sources historiques précises pour ce genre d’églises « inférieures », une chronologie de base peut être établie. L’église fut vraisemblablement construite en deux ou trois phases, de la fin du XIe s. jusqu'au début du XIIIe s. D'après les fouilles entreprises en 1960, trois constructions se sont succédé. La première pourrait être un monastère (mérovingien) fondé par sainte Adèle au VIIe s., auquel seraient superposées les fondations d'une première église (carolingienne) édifiée au VIIIe s. Par la suite, le sanctuaire serait devenu église monastique. Après un incendie, une nouvelle église plus grande (préromane) sera reconstruite à la fin du XIe s. sur les mêmes fondations. Elle fut dès le début une église de pèlerinage à sainte Adèle, ce qui explique sans doute ses grandes dimensions.

L'édifice a subi de nombreux incendies, dont celui de 1674 qui détruisit une grande partie de l'avant-corps et du chœur. Lors de la dernière guerre, il fut à nouveau détruit alors qu’il venait d’être classé « Monument ».

Pourquoi est-il à la fois typiquement roman et si original ?

La communauté religieuse locale a adapté le noyau de base (nef et chœur) à la fonction de monastère et de pèlerinage : elle ajoute des tours, un Westbau ottonien, une crypte, un transept, et agrandit l’édifice pour accueillir les fidèles supplémentaires. C’est dans l’articulation, l’expression plastique et, bien que sa vocation première ait disparu, dans la perpétuation de cet assemblage architectural qu’apparaissent ses particularités spécifiques. Allons à l’essentiel en suivant l’analyse de J-N Lethé dans Le Patrimoine médiéval de Wallonie des éditions MRW – IPW.

Si le complexe chœur / crypte est remanié à l’extrême fin du XVIIe s., l’église demeure fidèle au plan initial. Le chœur est relativement profond et présentait à l’origine, comme la crypte, de manière singulière, des pans coupés. La crypte est de type halle, à trois nefs Ses voûtes d’arêtes ont été refaites et reposent sur des supports dont le type est rare : des piliers cruciformes talutés. La crypte est semi-souterraine, éclairée par trois petites baies. Un seul des deux escaliers est conservé.

Le transept, bas, lui aussi sera remanié aux XVIIe – XVIIIe s. sans transformer le plan initial. Il fonctionne avec trois cellules carrées plutôt que des cellules rectangulaires. De plus, un compartimentage se fait sentir dans la construction et la cohérence linéaire est renforcée, créant une continuité visuelle entre la croisée et le vaisseau principal.

Le niveau du sol ayant été remonté d’environ 75 cm, la perception de la physionomie intérieure est tronquée puisque les proportions ont été modifiées et que les différences de niveaux entre les parties de l’église ont été estompées. La nef principale est ornée d'arcades cintrées sur colonnettes à chapiteau cubique marquant une alternance d'arcades aveugles et d'arcades percées d'une fenêtre cintrée.

Les maçonneries gardent le souvenir des entrées primitives : coutures au niveau de la 3e travée depuis l’ouest. Aujourd’hui, l’accès se fait dans l'axe par deux portes au linteau surbaissé à clé, millésimé 1714.

« À l’ouest, le Westbau s’impose par sa masse, les baies sont distribuées parcimonieusement. Il est hélas alourdi par des contreforts tardifs (XVIIe s.) – comme le sont les entrées (XVIIIe s.) – et il souffre de mutilations, puisque l’une de ses tours s’est effondrée en 1674, tandis que celle qui survit est atrophiée : son dernier niveau a disparu.  …  ». Typologiquement, ce Westbau appartient à une famille particulière qui préfigure les façades dite harmoniques, caractéristiques de l’architecture gothique, à l’instar de celles de Saint-Georges-et-Sainte-Ode à Amay.. »

Le décor, enfin, est tout à fait exceptionnel. « Les murs romans sont plats et lisses, uniformes et droits, très beaux dans leur immobilité un peu hiératique (…) donnant une force tranquille au vaisseau » (L.F. Genicot). Ici, le décor introduit la notion de travées par des scansions verticales. Le cordon dessinant un trait horizontal vient un peu contredire cette idée en partageant la hauteur en deux niveaux. Mais, incontestablement, une structuration apparaît. Simultanément, le mur s’évide et tend à s’amincir au profit d’une expression plastique qui se raffine.

Julien Bohet,

avec l’assistance technique du Service du Patrimoine culturel de la Province de Namur.


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Lauréat du Concours Reine Elisabeth 2019

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