Eglise Saint-Lambert - Bouvignes

place du Bailliage
5500 Bouvignes

Eglise Saint-Lambert - Bouvignes

place du Bailliage - 5500 Bouvignes

Impossible de parler de l’église Saint-Lambert sans évoquer l’ensemble patrimonial de Bouvignes. Le village encore médiéval dans sa trame et ses relations avec Dinant, la maison espagnole transformée en musée, les deux sites fortifiés surplombant les habitations, ... tout cela forme un ensemble très intéressant !

Aujourd’hui dans la même commune, Dinant et Bouvignes ont connu une histoire querelleuse par le passé. Au Moyen Age, Bouvignes la namuroise s’oppose à Dinant la liégeoise : les rivalités sont autant politiques, militaires qu’économiques, notamment liées à la métallurgie du cuivre (la dinanderie en particulier). Bouvignes était un passage à gué et, avec Poilvache et Montaigle, un terrible verrou sur la Meuse pour la Principauté liégeoise. Depuis le milieu du Xe siècle, Bouvignes appartient au comté de Namur et connait de nombreux sièges. En 1213, privilèges et franchises lui sont accordées ; elle devient alors la deuxième ville du Comté, avant Poilvache. Le site sera siège d'un baillage jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

Du point de vue architectural, on sait que le donjon sur l'éperon barré fut élevé au XIe siècle. Le XIIe siècle voit la reconstruction de l'église, du château et l’établissement de la ville selon le modèle, vu du ciel, d'une échelle. Les remparts nord et sud sont construits au XIIIe siècle. Début XIVe siècle, Dinant fait construire Montorgueil en face de Bouvignes qui lui répond par l'édification du site fortifié de Crèvecœur et par une voie le long de la Meuse. En 1554, Bouvignes est détruite par Henri II, Roy de France, et l’abandon progressif de la dinanderie sonne le déclin de l’entité. Malgré les voies de communication modernes (routes, trains, gare et canalisation du fleuve) et la promotion touristique de Dinant dès le XIXe siècle, Bouvignes devient un petit village oublié. Pas moins de 25 monuments classés intra-muros témoignent pourtant de ce prestigieux passé et ont ainsi pu être préservés de la modernisation.

La « Maison Espagnole », en contrebas de l’église, sur la place principale, fut construite à la fin XVIe s. sur un plan en L avec une tourelle d'escalier greffée dans l'angle intérieur. Les façades, élevées briques et pierres calcaires, surmontées de 3 pignons baroques, sont teintées d'esprit Renaissance. Cette demeure fut propriété de grands maîtres de forges jusqu'en 1711 avant de devenir l'hôtel de ville en 1910. Elle abrite depuis quelques années la Maison du Patrimoine médiéval mosan dont la collection permanente est animée régulièrement par des expositions thématiques.

Les deux sites fortifiés sont l’ancien château comtal de type « éperon barré », démantelé en 1672 (propriété privée depuis 1804), et Crèvecœur. Dominant Bouvignes sur un petit éperon au nord, Crèvecœur désigne les vestiges d’une tour de défense en moellons calcaire érigées en plusieurs phases aux XIVe et XVe siècles. De plan irrégulier parce qu’épousant le relief, l’édifice non résidentiel est adapté à l’artillerie à feu en 1430 environ par une avancée en fer à cheval pourvue de canonnières. On connaît le nom de l’architecte médiéval de la tour centrale carrée : Godefroid de Bofiaule. Restaurations ou travaux de sécurité rendent peu lisibles les différentes phases de construction, cependant bien documentées par les rapports de fouilles.

Enfin, l’église paroissiale Saint-Lambert, d’une masse étonnante pour la taille de la ville, est classée comme monument en 1948. Suivons principalement l’Inventaire raisonné de Jean-Louis Javaux. « Elle se dresse en contrebas des ruines de l’ancien château comtal. Elle fut reconstruite en style gothique au XIIIe siècle et agrandie, aux XVe et XVIe siècles suite au sac de Dinant et aux incendies qui suivirent 1466, à partir du chœur oriental, dominé par une haute tour carrée, jusqu’au chœur occidental, qui touche aux remparts de la ville (le bâtiment n’est donc pas rectiligne). Quelques portions de l’édifice, un arc triomphal en plein cintre à double rouleau à l’entrée du chœur oriental, et une « crypte » sous le collatéral nord, - plutôt une salle voûtée d’arêtes dont le rôle est à la fois constructif (racheter la déclivité du terrain) et défensif (présence de trois archères) -, le tout encore d’allure romane, font penser à des remplois d’un édifice de la fin du XIIe siècle – une consécration a lieu en 1217 - , à moins qu’il ne s’agisse d’un écart stylistique propre à la période de transition entre l’architecture romane et celle de l’époque gothique ? Des restaurations trop radicales en 1891 et surtout en 1924-27 (selon les plans de l’architecte Henri Vaes) interdisent aujourd’hui un examen plus approfondi de l’édifice ». Le grand escalier destiné à améliorer l’accessibilité date de 1892.

Parmi le mobilier et le décor, regardez en particulier le retable de la Vraie Croix d’une école anversoise du XVIe siècle, les fonts baptismaux gothiques, un Christ de pitié du XVe siècle et le fragment d’un vitrail montrant une Vierge à l’enfant jouant avec un oiseau de1556.

N’hésitez pas à vous promener dans les ruelles de la ville à la recherche de ses trésors cachés.

Julien Bohet,

avec l’assistance technique du Service du Patrimoine culturel de la Province de Namur.


Recevoir le programme du festival