Collégiale Saint-Georges-et-Sainte-Ode d'Amay

place Sainte-Ode
4540 Amay

Collégiale Saint-Georges-et-Sainte-Ode d'Amay

place Sainte-Ode - 4540 Amay

En Province de Liège, sur la commune d’Amay, l’église paroissiale, - anciennement collégiale -, se dresse fièrement au centre du bourg ancien, engagée dans le pied du coteau et flanquée jusqu'en 1857 au nord et au sud d'un cimetière. Elle est visiblement un assemblage de constructions et de restaurations étalées à travers les siècles. Quelles raisons ont poussé les autorités à la classer Monument en 1933 et à l’inscrire sur la liste du Patrimoine exceptionnel de Wallonie ?

La première raison est que les fouilles archéologiques en 1977 ont documenté l’évolution de l’occupation du site en dégageant les diverses constructions qui s’y sont succédées. Dans l’une d’elles, le sarcophage en pierre de Sancta Chrodoara expressément nommée. Le personnage est identifié à Ode, tante du diacre Adalgisel Grimo qui signale dans son testament de 634 que sa tante est enterrée dans l’édifice ! Ce sanctuaire est connu avec certitude depuis 634. Le sarcophage est conservé in situ et la châsse de sainte Ode est une pièce d’orfèvrerie mosane de 1240-1250. La basilique mérovingienne dédiée à saint Georges, construite sur un bâtiment romain, est remplacée vers 1089 par une bâtisse de style roman sous l’épiscopat de Henri de Verdun (1075-1091) qui disposait d’une domus toujours en place non loin de l’église. L’édifice devint une collégiale avec l'installation d'un chapitre de chanoines séculiers dont la première mention remonte à 1091. La collégiale fut rebâtie entre le XIe et le milieu du XIIe siècle, l'avant-corps étant antérieur sans doute de quelques décennies au restant de l'édifice.

Les parties romanes conservées se limitent essentiellement au Westbau et aux maconneries du vaisseau avec la frise d’arcature continue percées de grandes baies en plein cintre, et les entraits de l’ancienne charpente qui soutenait jadis un plafond plat sont datés par dendrochronologie de 1140-1150. A l’ouest donc, le volume central du Westbau logeait un contre-choeur. A l’intérieur un escalier prélevé dans l’épaisseur du mur nord de la tour septentrionale donnait accès aux niveaux supérieurs mais aussi à la tour méridionale par un couloir intramural contournant le contre-choeur. Ce passage débouche sur une pièce plus raffinée mais dont la fonction reste imprécise. Début XVIe s., l’ancien contre-choeur est modifié dans un esprit gothique : murs doublés, peintures polychromes de rinceaux fleuris, et surélévation. Au XVIIesiècles, un niveau supplémentaire vient inverser définitivement les proportions initiales entre les 3 volumes du Westbau qui en devient imposant et élancé : le volume médian domine désormais les deux tours latérales.

Au XVIIIe siècle, des modifications se succèdent. Entre 1720 et 1725, la voûte de la nef centrale est édifiée et le choeur est remanié. En 1732, le cloître est redressé grâce au chanoine Gossuart. Sous l'abbatiat de Lambert-Walthère van den Steen (1748-1778), pose d'une nouvelle charpente sur le vaisseau central en 1765. Lors d'une campagne entreprise entre 1772 et 1774 par H-J Corbaux en qualité d'« architecte, directeur des ouvrages du chapitre d'Amay », deux porches sont ajoutés au Westbau pour créer de nouveaux accès. Les chronogrammes en attestent : au sud « ILLVstrIs aC gratVs Van Den steen/ aManII abbas LIbere erIgIt. », et au nord, le porche plus discret et de plain pied avec la voirie : DeLapIDe LVLenter/ConstrVebat eX LapiDe - nom latinisé de l'abbé. Les bas-côtés sont aussi reconstruits. Des chapelles sont greffées à l’édifice. Au XVIIIe s. également, la décoration intérieure se met au goût du jour, dans un style classique qui confère ainsi une certaine unité à cet édifice bien composite. Y prédominent le faux et le trompe-l'œil. E. Colin, dans son mémoire, synthétise ainsi la deuxième raison qui pousse à reconnaître l’église : « La diversité des volumes de l'ancienne collégiale Saint-Georges et Sainte-Ode reflète la variété des mentalités qui ont prévalu à Amay. Ainsi, la simplicité rationnelle et la rudesse des volumes médiévaux ont lentement concédé aux idées nouvelles. L'inversion du rythme de la façade, le changement de support et de leur liaison, le placement d'une voûte, des ouvertures, l'agrandissement et l'ampleur des nouveaux volumes ont progressivement créé une harmonie générale qui caractérise l'édifice d'aujourd'hui. Cette homogénéité préservée de l'ensemble témoigne de la volonté des différents commanditaires de tenir compote, au-delà de leur prestige personnel, du sentiment et des moyens d'une communauté très attachée à son église. »

Cette cohérence et les intérêts archéologiques et historiques font ainsi de ce bâtiment un Patrimoine exceptionnel. Pour les curieux, la fiche de l’AWaP est plus minutieuse dans l’étude architecturale de chacun des éléments de cet ensemble et énumère toutes les modifications que ce bâtiment a connues. Le mobilier est intéressant mais rien de très particulier à côté donc de ce sarcophage et de la châsse.

Julien Bohet,

avec l’assistance technique du Service du Patrimoine culturel de la Province de Namur.

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